Cela fait maintenant trois ans que je suis atteint d'hyperacousie.
Je vivais dans le 13ème arrondissement, à Paris. Une amie m'invite à un concert de rock alternatif. Le concert avait lieu sur une péniche. C'était une soirée comme tant d'autres, un prétexte pour sortir. Or, nous ne pouvions nous parler car les groupes qui se succédaient sur scène rivalisaient en puissance sonore. Je me souviens qu'une lourde fatigue m'est tombée sur les épaule.
Puis, la nuit même, je me suis mis à entendre les travaux de métro qui se déroulaient dans mon quartier. Je ne trouvais pas le sommeil. Chaque nuit, mon corps vibrait au rythme des machines souterraines. En réalité je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.
Personne n'entendait ces bruits à part moi.
J'ai dû quitter Paris et abandonner mon travail pour trouver un peu de répit en Bretagne. Finalement, décidé par mes proches, j'ai consulté un O.R.L. Il m'a retiré un bouchon de cérumen. En sortant du cabinet médical, le bruit de mes pas sur l'asphalte m'enpêchait de marcher. Par la suite, on m'a fait passer une I.R.M. Ce fut la catastrophe...
Aujourd'hui je vis en rase campagne, dans un gîte. Malheureusement les machines agricoles s'arrêtent rarement de travailler, y compris la nuit à la saison des ramassages.
Je porte des bouchons d'oreilles, mais depuis l'I.R.M, je souffre également d'acouphènes stridents. Parfois, lorsque le bruit d'un tracteur me tape sur les nerfs, je prends ma voiture car le moteur me sert de bruit blanc. En revanche, je ne peux m'arrêter ni ouvrir une fenêtre. J'ai souvent essayé d'aller en ville mais cela relève de l'exploit. Mes couverts sont en plastique ou carton. Je supporte la voix de mon père quand il chuchote.
Je ne me pose pas la question de l'avenir. J'essaye de vivre dans un présent permanent et de lutter chaque seconde contre le bruit.